Ukraine : point de presse du porte-parole du Ministère des Affaires étrangères

Paris, 18 mars 2014

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Q - M. Laurent Fabius a indiqué ce matin que la participation de la Russie au G8 était suspendue. Qu’en est-il ?

R - Le ministre des affaires étrangères a rappelé ce que nous avons décidé collectivement dans le cadre du G7-G8 : la suspension de notre participation aux travaux de préparation du G8 prévu à Sotchi.

Q - La participation de la Russie au G8 n’est donc pas suspendue pour le moment ?

R - Non. Ce qui est suspendu, c’est notre participation aux travaux de préparation du G8 prévu à Sotchi.

Q - Pourquoi l’appeler le G7-G8 ?

R -Nous sommes toujours, bien sûr, dans le cadre du G8. Ce forum existe depuis des années. Mais, compte tenu du comportement de la Russie, nous avons décidé avec nos autres partenaires de suspendre notre participation à la préparation du G8 prévu à Sotchi.

Q - Cela a-t-il été confirmé par le président du G8 ?

R - Cette décision a été prise à sept. Elle a été rendue publique dans une déclaration des chefs d’État et de gouvernement du G7 diffusée le 12 mars.

Q - Ce n’est pas vraiment une sanction...

R - On peut considérer cela comme une sanction.

Q - La véritable sanction serait de suspendre la Russie du G8...

R - Il s’agit d’une première mesure, prise dans l’espoir d’obtenir de la part de la Russie une désescalade et des signes clairs de respect du droit international et des accords bilatéraux conclus avec l’Ukraine.

Q - Sur le contrat des Mistral, Laurent Fabius a évoqué hier l’annulation et ce matin une suspension. Qu’envisage-t-on ? Est-ce une décision qui fait consensus au sein du gouvernement ?

R - Ce qui est évoqué, c’est la suspension de ce contrat. Nous voulons tout faire pour que cela ne soit pas nécessaire. C’est le niveau 3 des sanctions. Nous n’y sommes pas encore. Encore une fois, nous espérons de la part de la Russie une désescalade.

C’est la position du gouvernement, en accord avec le président de la République et le Premier ministre.

M. Laurent Fabius a également rappelé que cela doit être envisagé dans le cadre de sanctions générales. Il s’agit de décisions prises collectivement, avec nos partenaires européens, et non de décisions unilatérales de la France.

Q - Allons-nous fermer le consulat ou désactiver le consul honoraire de France à Simferopol ?

R - Nous n’avons pas de consul honoraire à Simferopol.

Q - Laurent Fabius a annulé son voyage à Moscou. Il aurait eu là l’occasion de parler directement.

R - Le ministre des affaires étrangères a expliqué qu’il s’agissait d’un report, compte tenu du contexte.

Q - Parlons du référendum en Crimée, que vous jugez illégal. Le référendum de 1975 à Mayotte était-il légal ?

R - Les situations sont totalement différentes : Mayotte ne s’est pas détachée d’un pays indépendant aux frontières reconnues par la communauté internationale. Elle a choisi, dès 1974, de rester au sein de la République - alors que les Comores allaient opter l’année suivante pour l’indépendance.

Il n’est toutefois pas inutile de rappeler ce que le représentant permanent soviétique avait déclaré en 1975 sur la question de Mayotte : « Toute tentative visant à détruire partiellement ou totalement l’unité nationale et l’intégrité territoriale d’un pays est incompatible avec les buts et les principes de la charte des Nations unies ».

Q - Le Kremlin vient d’annoncer que la Crimée serait rattachée à la Russie à compter de demain. Une réaction ?

R - Le référendum en Crimée est illégal, contraire à la constitution ukrainienne et dénué de portée juridique.

Q - Cette annonce peut-elle déclencher le niveau 3 des sanctions ?

R - Cela doit, le cas échéant, être décidé collectivement. Les chefs d’État et de gouvernement se réuniront jeudi à l’occasion du Conseil européen qui, en fonction des décisions des autorités russes, pourra prendre de nouvelles décisions. Nous parions sur la diplomatie et le dialogue, tout en restant fermes pour obtenir de la Russie des signaux clairs de désescalade et de respect du droit international.

Q - Est-ce que cela est annonciateur d’un retour vers la guerre froide ?

R - Notre objectif est d’avoir avec la Russie des relations internationales apaisées, confiantes et qui reposent sur le droit international et la charte des Nations unies. Nous souhaitons une désescalade et le rétablissement de la confiance.

Q - La désescalade, cela consisterait donc en une annulation du rattachement à la Russie et au retour à l’Ukraine ?

R - J’ai déjà évoqué ici les mesures de désescalade : le retour des troupes dans leurs lieux de stationnement permanent, le respect des accords bilatéraux entre l’Ukraine et la Russie, la liberté de circulation des observateurs de l’OSCE en Ukraine. Il y a toute une série de mesures qui sont envisagées. La création d’un groupe international de contact a également été évoquée. Ces mesures permettraient de montrer que l’on retourne vers le respect du droit international.

Q - Retourner vers le droit international, cela veut-il dire revenir à la souveraineté ukrainienne sur la Crimée ?

R - Pour nous, la Crimée fait partie intégrante de l’Ukraine.

Q - Le ministre a parlé d’une mobilisation des Ukrainiens à la frontière à Kharkov et Donetsk par exemple. Le ministre a dit que s’il y avait un problème là, il y aurait recours à la force. Cela signifie-t-il que nous pourrions envisager une utilisation de la force pour épauler les Ukrainiens ?

R - Le ministre des affaires étrangères a été très clair : nous ne nous situons pas dans une logique de force et de rapports militaires. Nous nous situons dans un travail diplomatique et de conviction - comme de fermeté, avec les sanctions.

publié le 17/04/2014

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