Ukraine/Russie - Extrait de la conférence de presse de Laurent Fabius à Tokyo

Le 5 octobre 2014

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Q - En Ukraine les séparatistes semblent avoir gagné. Quelle est désormais votre stratégie ?

R - Vous savez probablement qu’il y a le 26 octobre des élections législatives en Ukraine. Pour le moment le président est M. Porochenko, mais il doit y avoir des élections dans toute l’Ukraine. Il y a eu un accord intéressant et positif, à Minsk, qui a été passé entre l’Ukraine d’une part, l’OSCE d’autre part et ce qu’on appelle les séparatistes. Cet accord en douze points, nous pensons qu’il est bon, maintenant il faut le respecter. Dans cet accord il y a, mais pas uniquement, le cessez-le-feu. Il y a le fait aussi que dans les villes de Donetsk et de Lougansk il doit y avoir des élections. Les rebelles ont signé cet accord mais, maintenant, ils ne le respectent pas. Le cessez-le-feu est plus au moins respecté mais disons que la situation, même si elle est loin d’être totalement stabilisée, est moins aiguë qu’elle ne l’était il y a quelques semaines.

On va voir ce qui se passe pour les élections. À partir du moment où les élections auront eu lieu, nous auront d’un côté un président, M. Porochenko, qui a été élu et de l’autre côté un parlement qui aura pleine légitimité pour avancer.

Parallèlement, vous le savez, il y a un accord d’association qui, dans sa partie économique, a été repoussé et ne s’appliquera qu’à la fin 2015 ou au début 2016. Et puis il y a des conversations qui ont lieu entre les uns et les autres. Les rebelles continuent, pour certains d’entre eux, à ne pas accepter ce système. Mais nous, la France et l’Union européenne, nous sommes pour une Ukraine qui soit libre, indépendante et dont l’intégrité territoriale soit respectée. Voilà où nous en sommes.

Et puis il y a aussi des discussions pour régler la question difficile du gaz. Ces derniers jours, il y a eu des hauts et des bas mais nous souhaitions vraiment que l’on aille vers un accord, qui évidement est un accord aussi avec la Russie, pour permettre la livraison de gaz cet hiver.

La France a depuis le début la même attitude. Nous pensons que l’Ukraine doit avoir à la fois de bonnes relations avec l’Union européenne et avec la Russie. C’est la géographie qui le décide, le détermine et le nécessite. Nous disons que vis-à-vis de la Russie il faut avoir une attitude ferme, car il y a des choses qui sont inacceptables. On ne peut pas accepter qu’un pays annexe une région d’un autre, la Crimée. On ne peut pas accepter qu’un pays ait des soldats dans un autre, qui ne le veut pas. Il y a eu des sanctions parce que ce comportement n’est pas acceptable mais, d’un autre côté, il faut aussi un dialogue puisque nous voulons que la situation s’améliore. La France est à l’origine du processus de dialogue que l’on appelle le processus « de Normandie », qui réunit lorsque c’est nécessaire, la Russie, l’Ukraine, la France et l’Allemagne.

Q - La vente du Mistral à la Russie a été suspendue jusqu’en novembre. Nous sommes maintenant en octobre ; que ferez-vous dans un mois ?

R - S’agissant du Mistral, le président a défini notre position. Un contrat avait été signé en 2011, du temps de la présidence de M. Sarkozy. Ce contrat a été signé et c’est la règle, lorsque les contrats sont signés, qu’ils soient honorés. Mais évidemment il ne peut être honoré que si d’un côté le cessez-le-feu est respecté et de l’autre une solution politique est engagée. Au moment où le président s’est exprimé, c’était il y a quelques jours, il a dit que ces conditions n’étaient pas réunies. Nous en sommes toujours au même point. Nous souhaitons que ces conditions soient réunies, mais aujourd’hui, au moment où vous m’interrogez, elles ne sont pas encore réunies. Mais j’espère bien qu’elles seront réunies.

Q - Avez-vous abordé le sujet de la Russie et d’un éventuel rapprochement entre la Russie et la Chine face aux pays occidentaux et au Japon ?

R - Pour dire les choses très honnêtement, nous n’avons pas parlé de la Russie cette fois-ci. Nous en avons parlé au cours d’autres conversations, par exemple le président a rencontré M. Abe - j’étais présent, à New York - et il a eu un tour d’horizon sur différents sujets. Mais cette fois-ci dans mes conversations, je n’ai pas abordé ce sujet. Si vous me demandez ma position, la France est une puissance de paix. Lorsque nous élaborons notre politique internationale, nous l’élaborons à partir de quelques objectifs. Le premier objectif, c’est la paix et la sécurité. Le deuxième objectif, c’est l’organisation du monde et la préservation de la planète. Le troisième objectif, c’est la relance de l’Europe. Le quatrième objectif c’est le rayonnement de la France. Voilà comment nous nous déterminons dans nos positions.

En ce qui concerne la Russie, la Chine et d’autre pays, c’est l’objectif de paix et de sécurité qui nous anime. Depuis plusieurs décennies et même des siècles, la Russie et la France ont de très bonnes relations. C’est le fruit de la géographie, c’est le fruit de l’histoire. Donc nous souhaitons avoir de très bonnes relations, mais en même temps il y a des choses qui ne peuvent pas être acceptées. Si on accepte sans réagir qu’un pays annexe une région d’un autre pays, vous voyez ce que cela peut signifier en Europe, en Asie, en Afrique et ailleurs. Donc par rapport à cela nous disons que nous ne sommes pas d’accord. Cela ne nous conduit pas à monter sur nos grands chevaux. Nous parlons, le président Hollande parle au président Poutine, moi-même je parle à mon homologue russe mais sur ce point-là nous ne sommes pas d’accord. (…)

publié le 20/02/2015

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