Ukraine/Russie - Extrait de la conférence de presse du président de la République à l’issue du Conseil européen [uk]

Bruxelles, 30 août 2014

Le 30 août 2014

Extraits

« L’essentiel » donc du débat s’est porté sur l’Ukraine, pourquoi ? Parce qu’il y a une tension encore plus forte qu’il y a quelques jours ou quelques semaines. Nous avons reçu le président POROCHENKO et son témoignage a été utile. Tout laisse à penser que non seulement la Russie aide les séparatistes, ce qui n’est pas nouveau, mais que des matériels ont été fournis, importants, sophistiqués et qu’il y a sans doute – même si les éléments de preuve ne sont pas encore réunis – mais la présence (disons) de conseillers, pour ne pas dire plus, russes auprès des séparatistes.

En conséquence, il y a une escalade et il doit y avoir une réponse européenne appropriée. Cette réponse c’est à la fois la fermeté et le dialogue, et c’est ce que la France d’ailleurs a toujours fait depuis le début de cette crise. La fermeté, ce sont les sanctions qui non seulement doivent être prononcées, elles l’ont été, mais appliquées pleinement, durablement, en tout cas autant qu’il sera nécessaire. Ensuite, ces sanctions peuvent être augmentées, il a été demandé à la Commission européenne – comme à madame ASHTON d’y travailler et de pouvoir donner une réponse dans la semaine, de façon à ce que les 28 puissent se prononcer. C’est la fermeté. Mais il y a le dialogue toujours possible, puisque lundi il y aura la réunion du groupe de contacts. Il s’est déjà passé des éléments intéressants à Minsk, le président POROCHENKO a vu le président POUTINE, et moi-même je me suis entretenu avec le président russe. Donc le dialogue est toujours possible, mais faut-il encore qu’il y ait une base pour le dialogue et, surtout, qu’il y ait une conclusion. C’est pourquoi, il ne doit pas y avoir de perte de temps. Il ne peut pas y avoir une suspension de ce dialogue ou un report au prétexte qu’il y a un voyage qui est effectué par le président russe, alors même qu’il y a des morts en ce moment même en Ukraine et qu’il peut y en avoir encore beaucoup d’autres dans les prochains jours.

Les sanctions, ce n’est pas fait pour punir, c’est fait pour empêcher, prévenir et ramener les Russes, les autorités russes vers le dialogue. Vous savez qu’on parle d’un format Normandie depuis le 6 juin, ce format est toujours possible et je l’ai moi-même indiqué à Vladimir POUTINE. Et ce format ne peut valoir que s’il y a une issue à la discussion et à la négociation. Il y a des risques encore majeurs d’escalade, nous sommes arrivés déjà à un point particulièrement dangereux et qui doit être le point ultime. Au-delà c’est quoi ? C’est l’enchaînement des opérations militaires, c’est le déchaînement des forces armées, c’est une provocation qui en entraîne une autre et c’est un débordement qu’il sera de plus en plus difficile à contenir.

Cette crise, n’est pas simplement pour l’Est de l’Europe, elle est pour le monde quand il s’agit de l’Europe, de ses frontières et d’un grand pays comme la Russie. Il y a eu une longue discussion parce qu’il y a toujours la même question : est-ce que les sanctions sont utiles, efficaces, est-ce qu’elles ont une portée ? Mais ce n’est pas ainsi qu’il convient de poser simplement le sujet. S’il n’y a pas de sanction, que se passe-t-il ? Ce sont les opérations militaires qui devront être menées, qui l’imagine ? Et s’il ne se passe rien, s’il n’est rien décidé, alors cela voudrait dire qu’en toute impunité un pays peut voir son intégrité territoriale mise en cause, son unité être gravement atteinte et qu’en marge de l’Europe, avec un pays qui est maintenant associé à l’Europe, il y ait des opérations de guerre qui y soient menées ? Donc la voie, la solution – et j’ai défendu cette position au Conseil européen, d’ailleurs en plein accord avec Angela MERKEL et d’autres – c’est d’aller vers les sanctions.

QUESTION

Bonsoir monsieur le président, François BEAUDONNET, FRANCE 2. Une question sur les sanctions. En fait j’avais cru comprendre que la Commission européenne avait déjà préparé un certain nombre de sanctions. Dans ce que vous avez dit, je crois que ce n’est pas ça, la Commission européenne aurait une semaine pour le faire. Est-ce que vous pouvez nous préciser comment cela va se passer, quel est le calendrier et comment une éventuelle décision va ensuite être prise ? Merci.

LE PRESIDENT
Ce sont de bonnes questions, donc je vais essayer de donner les réponses. Un, oui la Commission a depuis plusieurs semaines préparé un certain nombre de décisions qui ne devaient être prises que s’il y avait escalade. Deuxième point, le délai qui est laissé à la Commission est donc particulièrement court, une semaine. Je rappelle que dans quelques jours il y a la réunion de l’Otan, donc mieux vaudrait que les sanctions aient pu être précisées au moment où nous nous rencontrerons avec des partenaires extra-européens. Troisième point, est-ce que cette nouvelle échelle de sanctions devra être décidée par un Conseil ? Oui, pas forcément un Conseil européen, ce peut être un Conseil des ministres ou un Conseil des représentants permanents. Mais il y aura nécessairement une réunion des Européens pour acter une nouvelle échelle de sanctions.

QUESTION

J’avais une question concernant les différents conflits qui sont en cours dans nos frontières. Sur l’Ukraine, est-ce que vous avez eu un entretien en bilatéral avec le président POROCHENKO, est-ce qu’il y a une demande de livraison de matériels militaires qui était faite à la France, est-ce que c’est une demande à laquelle vous pourriez ou pourrez accéder ? (...)

LE PRESIDENT
Trois questions, donc je vais répondre. Première question : est-ce que j’ai eu un entretien bilatéral avec le président POROCHENKO ? Non, personne n’a eu d’entretien bilatéral dès lors que le Conseil se tenait. Certains, notamment le président du Conseil Européen, le président de la Commission, ont eu des entretiens avec Monsieur POROCHENKO. Moi je l’ai eu plusieurs fois au téléphone, donc nous nous parlons. Mais il n’y a pas eu de demande d’aide militaire. Il y a une demande d’aide humanitaire, qui a été adressée au Conseil Européen.
Sur l’aide militaire, nous ne pouvons pas aujourd’hui penser qu’elle serait fructueuse, utile, dès lors qu’il y a des opérations qui sont engagées. Ce que nous devons demander, c’est le cessez-le-feu ; ce n’est pas d’entretenir un conflit, c’est de l’arrêter. Et c’est ce que nous disons d’ailleurs aux Russes : de ne plus fournir de matériels et d’armes. A partir de là, il n’y a pas eu de demande qui nous a été signifiée.

publié le 10/09/2014

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