Ukraine/Russie - Extrait de l’entretien de Laurent Fabius avec "Europe 1"

5 décembre 2014


Laurent Fabius : "La Russie est un partenaire... par Europe1fr

Vladimir Poutine s’en prend à l’Amérique et à l’Europe qui veulent, selon lui, affaiblir et encercler la Russie. Il a, dit-il, les moyens militaires de répondre aux ennemis. Est-ce que nous sommes dans une logique de guerre ou de confrontation avec la Russie ?

Évidemment nous sommes dans une logique de tension. Et je dirais malheureusement parce que, s’agissant de la France nous sommes des amis de très longue date de la Russie, cela remonte à - rappelez-vous - de Gaulle, et même avant.

Napoléon…

Mais c’est vrai que la Russie, ces derniers temps, a eu des gestes qu’on ne peut pas accepter, l’annexion de la Crimée par exemple, ce qui crée un climat de tension. Nous, nous avons toujours appliqué, à la fois la fermeté vis-à-vis de la Russie, et en même temps le dialogue. Mais pour dialoguer il faut être plusieurs, ou au moins pouvoir être deux. En tout cas, nous sommes preneurs de tout ce qui ira dans le sens d’une baisse de la tension.

Est-ce que c’est un partenaire ou un ennemi de la France, maintenant ?

Non, c’est un partenaire. Un partenaire difficile.

Alexandre Orlov, l’ambassadeur de Poutine en France, invité de Thomas Sotto tout à l’heure, appelle à la réconciliation. La France, indépendante, y est-elle prête ?

Bien sûr que la France est indépendante, et la France est tout à fait prête à avoir de bonnes relations avec la Russie. Mais il y a, en matière internationale, des choses qui ne sont pas acceptables, et notamment le comportement qui a eu lieu en Crimée, et puis la tension à l’Est.

On a quand même, mais je suis prudent, une bonne nouvelle qu’on m’a communiquée. Il semble qu’il y ait un accord pour un cessez-le-feu global entre les séparatistes et les autorités ukrainiennes, normalement le 9 décembre. J’espère que cela va avoir lieu. Mais nous souhaitons une baisse de la tension, mais nous ne pouvons pas rester sans réagir, les bras ballants.

Si ce cessez-le-feu du 9 décembre fonctionne, est-ce que cela veut dire que la France indépendante allège les sanctions qui affaiblissent l’économie de la Russie, et flatte le nationalisme russe ?

On n’en n’est pas là du tout. Un accord a été signé, qui s’appelle l’accord de Minsk, qui prévoit toute une série de choses qui permettraient vraiment une baisse durable de la tension en Ukraine. C’est cet accord de Minsk qu’il faut respecter.

Et la France est prête, comme le demandait tout à l’heure Orlov, à des gestes de réconciliation, ne pas donner l’impression d’isoler Poutine et d’être l’adversaire de Poutine ?

La France a toujours été ouverte, mais en même temps il faut être extrêmement ferme, quand il y a des attitudes qui ne sont pas acceptables.

(…)

Alexandre Orlov parlait des Mistral tout à l’heure, de ce Mistral qui n’a pas été livré à la Russie comme convenu, il disait que la patience de la Russie, c’était quelques semaines à peine, à présent, avant de demander des compensations. Il disait « le délai court toujours. »

Oui, le délai court toujours, je confirme que le délai court toujours.

Qu’est-ce que vous lui répondez ?

Ce qu’a répondu le président français, c’est-à-dire que dans les conditions actuelles, l’examen était suspendu. Si les conditions changeaient… mais ça passe en particulier par l’application de l’accord de Minsk, dont je parlais tout à l’heure.

Et l’accord du 9 décembre - si le 9 décembre il y a un cessez-le-feu - c’est un élément positif.

C’est un élément, mais ce n’est pas suffisant.

(…)

publié le 17/12/2014

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