Ukraine/Russie - Extrait de l’entretien de Laurent Fabius avec "France 24"

29 août 2014

Q - Monsieur le Ministre, le ministre polonais des affaires étrangères parle aujourd’hui d’une guerre en Ukraine. Vous le savez, l’OTAN affirme que des soldats russes sont entrés en territoire ukrainiens et cela est prouvé aujourd’hui par des images satellites. Est-ce la guerre en Ukraine ?

R - En effet, nous avons des indications extrêmement alarmantes qui montrent qu’il y a des forces militaires russes à l’est de l’Ukraine. Lorsqu’un pays envoie des forces militaires dans un autre pays sans l’accord et même contre l’accord de cet autre pays, cela s’appelle une intervention et évidemment, cela est inacceptable. On ne peut pas, dans la société internationale, accepter, quel qu’en soit le prétexte qu’un pays envoie une partie de ses militaires dans un autre pays contre le gré du dit pays.
Vous savez que la position de la France depuis le début est de dire qu’il faut, par rapport à la Russie, faire à la fois preuve de fermeté et de dialogue.
Nous avons essayé le dialogue mais encore faut-il qu’il y ait une réponse.
Pour ce qui concerne la fermeté, nous avons déjà pris un certain nombre de sanctions. Si la Russie, en urgence, ne modifie pas son comportement, il est probable que les sanctions seront encore renforcées.

Q - À chaque fois un train de sanctions est décidé à l’encontre de la Russie, mais peut-on imaginer une intervention militaire pour repousser les troupes russes ?

R - Non. Il faut rester dans le domaine de la raison.

Q - Oui, mais la Russie ne reste pas dans le domaine de la raison.

R - Oui mais nous devons y rester, nous.
Personne de sensé ne peut souhaiter qu’il y ait une guerre avec la Russie, il faut rester raisonnable et retomber sur terre.
En revanche, il faut, par une pression de plus en plus forte, il n’y a pas d’autres moyens, faire que la Russie renonce d’autant que ce n’est, me semble-t-il absolument pas de son intérêt.
Les sanctions économiques ont déjà eu des conséquences redoutables sur l’économie russe. Il n’y a plus d’investissements, le rouble a chuté, la bourse russe chute également. Il y a toute une série de difficultés.

Q - Mais cela n’empêche pas Vladimir Poutine de poursuivre son agression contre l’Ukraine.

R - Eh bien, il faut que nous soyons suffisamment unis et suffisamment fermes pour exercer un effet de dissuasion, voilà la position qui est celle de la France.

publié le 20/02/2015

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