Ukraine - Réponses de M. Laurent Fabius à des questions à l’Assemblée nationale

Paris, 25 février 2014

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les Députés,

Madame la Présidente de la délégation des affaires européennes,

Vous avez bien voulu rendre hommage au travail qui a été effectué par la médiation européenne. Très souvent, nous regrettons que l’Europe ne soit pas assez présente. En Ukraine, avec mes collègues polonais et allemand, dans des circonstances extrêmement difficiles, nous avons pu faire en sorte qu’un accord soit trouvé entre l’opposition et la majorité. Un accord qui a permis l’arrêt des meurtres - parce qu’il s’agit de cela à Kiev -, qui a permis le renversement de la majorité et d’anticiper l’élection présidentielle. Cet accord a été salué par l’ensemble des pays d’Europe, par le secrétaire général des Nations unies. Et quand l’Europe est au rendez-vous, je crois qu’il ne faut pas bouder sa satisfaction.

Madame la Députée, vous posez une question de fond : que va faire l’Europe maintenant ?

J’ai eu beaucoup de contacts avec mes collègues ainsi qu’avec Mme Ashton. Nous voulons agir sur plusieurs plans.

Tout d’abord, sur le plan politique, pour favoriser une solution d’unité. Ensuite, toujours sur le plan politique, pour faire en sorte que la démocratie joue car, lorsqu’une situation est aussi complexe que celle de l’Ukraine, ce sont les électeurs qui doivent choisir en définitive.

Sur le plan économique avec le Fonds monétaire international, avec les Américains et avec les Russes. J’ai parlé il y a une dizaine de minutes avec mon collègue russe, M. Lavrov. La situation de l’Ukraine est très complexe, difficile économiquement, mais l’Europe doit avoir à coeur de l’aider.

S’agissant de la Russie et de l’Union européenne, je tiens à dire - et ce sera ma conclusion - qu’il n’y a pas à opposer l’un à l’autre. L’Ukraine est en Europe même si elle n’est pas dans l’Union européenne. Il faut à la fois que l’Ukraine travaille avec la Russie et avec l’Union européenne./.


Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les Députés,

Monsieur le Député,

Merci de ce que vous venez de dire. Il est vrai que lorsque nous sommes arrivés à Kiev, avec mes collègues allemands et polonais, la ville était en état de siège. Il y avait des morts, la ville brûlait. Sur les toits, il y avait des « snipers » qui tiraient de manière indistincte.

Lorsque notre médiation a pris fin, les combats eux aussi avaient pris fin.

Autant l’Union européenne est souvent mise en cause, autant, dans cette circonstance, il faut la saluer comme vous l’avez fait.

La situation reste extrêmement difficile. Les mots d’ordre que nous devons suivre et essayer de faire partager à nos amis ukrainiens sont l’unité, l’unité du territoire, l’intégrité, la démocratie - tout ce qui pourra être fait pour assurer la régularité des élections rarement respectée dans ce pays sera utile - ; c’est aussi la solidarité, car la situation économique est effectivement dramatique. La monnaie locale, dont la réserve n’est pas inépuisable, a perdu beaucoup de sa valeur et il y a évidemment des dettes qui sont considérables.

L’effort de la communauté internationale, et singulièrement de l’Europe, doit se porter sur ces trois terrains. C’est la raison pour laquelle nous nous sommes mis en contact, à la fois avec les Russes - car il s’agit d’associer les Russes à la solution des problèmes de l’Ukraine -, les Américains, l’ensemble des Européens et du reste du monde. C’est ainsi que l’on pourra, je l’espère, parvenir à trouver une solution.

Les élections présidentielles ont été fixées au 25 mai. Normalement, un gouvernement doit être constitué jeudi prochain, au plus tard.

La France et l’Europe doivent être aux côtés de l’Ukraine au nom de la solidarité, de l’unité et de la démocratie.

publié le 20/02/2015

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