Ukraine - Intervention de M. Laurent Fabius aux « Mardis de l’Essec » [uk]

Cergy Pontoise, 4 février 2014

Extraits

Q - « Quid de l’Ukraine ? On a quand même aux portes de l’Europe un régime qui cultive une terreur abominable, on connaît l’enfermement de l’opposante Timochenko, on a vu les dérives des lois de la Rada même si elle est récemment revenue sur certaines d’entre elles, que fait-on ? Agit-on ? Envoie-t-on Catherine Ashton ? »

LAURENT FABIUS - « Elle y est. Jean Jaurès donnait sa définition du courage mais ce serait également une très bonne définition de la diplomatie : « aller à l’idéal et comprendre le réel ».

Ce n’est pas de l’opportunisme que de dire cela. Il faut avoir une vision idéale, nous voulons une amélioration du monde et en même temps, nous sommes obligés de comprendre le réel, tel qu’il est.

Dans le cas de l’Ukraine, l’idéal est d’avoir un pays qui peut se déterminer librement, qui ne soit pas corrompu et où les gens votent librement et les votes sont respectés. L’idéal c’est aussi un pays qui soit indépendant par rapport à ses voisins ; on pense à la Russie et à l’Europe.

Le réel, contrairement à ce que l’on prétend parfois, c’est que l’Ukraine est divisée. Toute une partie de la population à l’ouest est proche de l’Europe et une partie de la population à l’est est russophone. On ne peut donc pas dire qu’il y a les bons et les mauvais. »

Q - « Il y a tout de même des mauvais et peu importe où on se place. »

LAURENT FABIUS - « Bien sûr. Nous, notre coeur va évidemment à un rapprochement entre l’Ukraine et l’Europe. Et nous avons fait, comme vous le savez, une proposition d’accord d’association. Mais il y a le président actuel, M. Ianoukovytch, qui a presque tous les pouvoirs, et qui, compte tenu de la pression de la Russie, a pris une attitude inverse.

Ce que nous faisons en ce moment, c’est plusieurs choses. D’abord, condamner de façon extrêmement ferme, avec le cas échéant une menace de sanctions, tous les actes inacceptables qui ont été commis, les tortures et les violences. »

Q - « Les sanctions, ce sont les visas, les boycotts ? »

LAURENT FABIUS - « Les sanctions, si on les utilise, seront des sanctions personnelles à l’égard des dirigeants. C’est, dans mon analyse, ce qu’il y a de plus efficace. Vous savez qu’il y a là-bas toute une série de personnes qui sont liées avec le régime et qui ont des fortunes considérables. Si on instaure des blocages sous forme de sanctions aux comptes qu’ils peuvent avoir dans tel ou tel pays, c’est très efficace ; nous ne l’avons pas encore décidé. »

Q - « Quel sera le feu vert ? »

LAURENT FABIUS - « Si nous le décidons, ce sera une décision européenne, c’est comme cela que cela fonctionne en matière de sanctions. Nous sommes en relation avec Catherine Ashton et avec les autres collègues et si nous voyons que les choses dérivent encore plus, nous pourrons prendre ces sanctions.

Qu’essayons-nous de faire ? Nous essayons de dire à l’Ukraine : il y a notre proposition d’association qui est sur la table. Et ce n’est pas un choix entre la Russie ou l’Europe. Parce que, dans notre approche, si les Ukrainiens choisissent l’accord avec l’Europe, ce sera positif pour eux et, donc, la Russie en profitera parce que la Russie a de grands intérêts en Ukraine. D’autre part, nous disons que, quand il y a un problème aussi lourd, en général en démocratie cela doit se terminer par des élections.
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Donc, tout ce qui sera fait dans le sens d’une modification constitutionnelle ou d’une préparation des élections aura notre soutien (...)./. »

publié le 06/02/2014

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