Ukraine - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, avec « BBC World News »

Paris, 16/05/2014

(...)

Q - Passons à l’Ukraine, parce que vous avez aussi blâmé la Russie pour la situation en Ukraine. Vous avez dit, il y a un mois : « la violence a éclaté dans l’est du pays ». « L’origine - et cela doit être dit clairement - est la Russie ».

R - Vous avez une crise gravissime en Ukraine, nous ne sommes pas loin de la guerre civile, il y a des affrontements considérables. Cela peut paraître complètement fou parce que c’est à quelques centaines de kilomètres de chez nous, mais c’est la situation. Notre objectif est donc de favoriser les élections prévues le 25 mai. Nous allons tout faire, en envoyant des observateurs, en facilitant les choses, pour que ces élections aient lieu.

Q - Nous y reviendrons, mais je vous ai demandé si vous blâmez la Russie pour ce qui s’est passé en Ukraine ?

R - Nous nous sommes exprimés à de nombreuses reprises lorsque la Russie a annexé la Crimée, ce qui est absolument contraire à toutes les règles du droit international. Vous ne pouvez pas accepter qu’un pays viole les frontières. Lorsque la Russie masse un certain nombre de troupes à proximité de la frontière Est de l’Ukraine, ce n’est évidemment pas un geste amical. En même temps, je le dis d’une façon très réaliste, nous n’allons pas faire la guerre à la Russie, nous n’allons pas déclencher une guerre mondiale, aucune personne raisonnable ne ferait cela.

Il y a donc deux bornes, si je puis dire, entre lesquelles la diplomatie doit se déployer. D’un côté, il faut réagir, notamment par rapport à la Russie, et, de l’autre, il n’est pas question d’aller faire la guerre.

Qu’avons-nous donc à notre disposition ? La négociation, la discussion, y compris avec les Russes, et aussi les sanctions.

C’est la raison pour laquelle nous avons déjà pris deux degrés de sanctions.

Mais faisons bien attention à cela, notre objectif n’est pas que l’Ukraine soit toute entière avec l’Union européenne ou que l’Ukraine soit toute entière avec la Russie. L’Ukraine doit, dans l’idéal, avoir de bonnes relations aussi bien avec la Russie qu’avec l’Union européenne. Nous essayons d’y travailler.

Q - Les Russes et beaucoup dans l’est du pays disent que c’est parce que vous soutenez un gouvernement de Kiev qui n’est pas constitutionnel. Le ministère russe des affaires étrangères, a employé des termes tels que « antisémites, radicaux, néo-fascistes... »

R - Ce serait une longue discussion, cela fait partie du vocabulaire « set phrases. » Quelle est la réalité ? Il y avait un président en Ukraine, M. Ianoukovitch. La population s’est révoltée contre lui et il est parti.

Q - Mais qu’y a-t-il à sa place ?

R - Le gouvernement qui a pris la place est un gouvernement dirigé par M. Iatseniouk, un démocrate qui a été installé par une Assemblée que l’on nomme la Rada.

Ensuite, il y a eu des soulèvements dans la partie Est du pays, des affrontements, des fautes commises. Notre rôle n’est pas de nous substituer à l’Ukraine mais de faire en sorte que l’on amorce une désescalade. Pour cela, il faut essayer de préparer l’élection présidentielle et, en même temps, ce qui est en train de se dérouler aujourd’hui-même, c’est-à-dire un dialogue national. (...)./.

publié le 20/02/2015

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