Ukraine - Entretien de M. Laurent Fabius avec « France Info » [uk]

Paris, 4 février 2014

Extraits

Q - « En Ukraine la situation est toujours bloquée. Vous venez de rencontrer les dirigeants de l’opposition, c’était tout récemment. Ils redoutent, ces dirigeants de l’opposition, une opération militaire, l’État d’urgence, une répression violente. Vous aussi ? »

LAURENT FABIUS - « Il n’y a pas de solution par l’escalade répressive, c’est absolument inacceptable. J’ai donc rencontré les dirigeants de l’opposition, à Munich, où je me trouvais ce week-end. J’ai rencontré également le ministre des affaires étrangères du gouvernement de M. Ianoukovitch. Nous plaidons et nous agissons pour trouver les voies du dialogue ; il n’y a pas d’autre solution. Mme Ashton est à Kiev, au nom de l’Europe... »

Q - « La représentante de la diplomatie européenne. »

LAURENT FABIUS- « Je rencontre les uns et les autres. Mon collègue américain fait la même chose et nous essayons de rassembler nos énergies dans le même sens.

Il faut bien comprendre que ce n’est pas ou la Russie ou l’Europe, c’est une présentation qui est mauvaise. C’est aux Ukrainiens de choisir. S’ils choisissent l’accord d’association avec l’Europe, ce sera positif pour tout le monde, y compris pour la Russie. La Russie a des intérêts en Ukraine, mais à partir du moment où l’Ukraine pourrait se redévelopper, ce serait positif pour tout le monde.

En tout cas, nous sommes totalement hostiles aux activités répressives qui ont lieu là-bas. »

Q - « Il est question d’argent aussi, puisque la Russie a mis sur la table 15 milliards de dollars de crédit. Est-ce que l’Europe va sortir son carnet de chèque pour attirer l’Ukraine ? »

LAURENT FABIUS- « L’Europe a proposé un accord d’association, qui comporte bien sûr des éléments financiers. D’autre part, toute une série de démarches sont faites avec le Fonds monétaire international, avec la Banque européenne pour la reconstruction et le développement. C’est un tout, mais c’est un choix qui n’est pas simplement économique. C’est aux Ukrainiens de se déterminer. S’il n’y a pas de solution rapide, il faudra, à un moment ou à un autre, qu’il y ait un vote. »

Q - « Quels moyens financiers l’Europe est-elle prête à mettre sur la table pour attirer l’Ukraine aujourd’hui, comme le fait la Russie, encore une fois ? »

LAURENT FABIUS- « Oui, mais on ne peut pas choisir... »

Q - « Est-ce que c’est un jeu d’enchères ? »

LAURENT FABIUS - « Il faut que cela ne le soit pas, et il faut que ce ne soit pas non plus un jeu de chantage. C’est aux Ukrainiens de se décider. L’un des gros problèmes qu’il faut voir, c’est que vous avez toute la partie Ouest plus tournée, évidemment, vers l’Europe, mais vous avez toute une partie de l’Ukraine russophone tournée vers la Russie. Il ne faut donc pas présenter les choses comme un choix : il faut arriver à concilier tout cela./. »

publié le 05/02/2014

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