Ukraine - Conférence de presse conjointe de M. Laurent Fabius et de son homologue chinois

Pékin, 24 février 2014

Propos de M. Laurent Fabius

(...)

Q - « Je voudrais vous interroger sur la situation en Ukraine. Quelle en est votre appréciation ? Pensez-vous que l’Europe va aider financièrement l’Ukraine ? Et est-il possible, entre les partenaires européens, d’aboutir à un consensus là-dessus ? »

M. LAURENT FABIUS- « La réponse est oui. Je vais essayer de développer un petit peu cette réponse. Au cours des derniers jours, les événements se sont précipités. D’abord, une accumulation de morts au cours de la dernière semaine et de ces derniers jours. Puis, la décision que nous avons prise, avec mes collègues allemand et polonais, de nous rendre à trois pour discuter et essayer d’apporter une médiation, discuter avec le président Yanoukovitch et les responsables de l’opposition. C’est le voyage que nous avons fait à Kiev. Nous sommes arrivés dans une atmosphère de guerre civile.

Nous avons eu pendant des heures des discussions extrêmement difficiles, dans un climat que vous pouvez imaginer, avec des coups de feu que l’on entendait, pas loin. Et, finalement, nous sommes arrivés à un accord entre, d’un côté le président Yanoukovitch, de l’autre les responsables de l’opposition, et nous-mêmes comme signataires.

Cet accord comportait différents points.

L’essentiel était, d’une part, le retour à la constitution de 2004 et, d’autre part, le fait que le président Yanoukovitch ait accepté d’abréger son mandat ainsi que le changement de majorité. Cet accord ne pouvait en effet se traduire dans les faits qu’à partir du moment où il y avait un gouvernement d’union nationale et il était prévu que ce soit l’opposition qui prenne la place de Premier ministre. C’était donc un changement absolument majeur.

Cet accord avait un autre mérite - très important -, c’est que les massacres se sont arrêtés et que la défense, la police ont accepté de ne pas intervenir. Il n’y avait donc plus de sang versé, ce qui est évidemment tout à fait décisif.

Comme cela arrive historiquement dans des situations comparables, à partir de là les choses se sont accélérées.

Le président Yanoukovitch est parti et on ne sait pas exactement où il est. Le président de la Rada, le parlement ukrainien, a démissionné. Le nouveau président a été immédiatement élu ; il appartient à l’opposition qui est en fait la nouvelle majorité. Des ministres ont été pressentis. Un gouvernement doit s’installer. Le pouvoir a basculé. Et l’ancien président ne disposait plus ni d’une majorité au parlement, ni des médias, ni de la défense, ni de la police. Il vient maintenant de faire l’objet d’une enquête pour crime.

Tout le week-end, je me suis entretenu avec à la fois mes collègues européens, les responsables de l’opposition ukrainienne devenue majorité et, bien sûr, le président de la République française. Nous avons pris ensemble des positions qui sont communes et salué les changements qui sont intervenus. Nous avons appelé au maintien de l’intégrité du territoire car il y a dans ce genre de situation toujours des risques de division. Nous avons aussi appelé à un gouvernement inclusif, c’est-à-dire rassemblant les opinions les plus diverses possibles, et aussi bien sûr commencé à trouver des solutions. Nous avons également confirmé l’appui de l’Union européenne, parmi d’autres entités, à l’Ukraine.

La situation ukrainienne est très difficile, j’ai employé le mot de « désastreuse » il y a quelques jours, elle ne s’est pas améliorée depuis. L’un des candidats au poste de Premier ministre, que j’avais au téléphone hier, me disait qu’il avait fait les comptes et qu’ils étaient effectivement désastreux. La question a été abordée parallèlement au G20 qui se réunissait à Sydney. Un certain nombre de déclarations ont été faites, de la part des autorités européennes. Il faudra bien sûr que le Fonds monétaire international soit saisi et apporte sa contribution dans le cadre des réformes qui doivent intervenir là-bas.

J’ai eu un contact avec mon collègue M. Lavrov, le ministre des affaires étrangères russe, de la même façon que le président de la République a eu des contacts avec M. Poutine et Mme Merkel également. Il faut, dans toute la mesure du possible, que la Russie participe aussi à cet effort. Notre position a toujours été de dire que ce n’est pas une alternative, la géographie existe, l’histoire existe, l’Ukraine est en Europe même si elle n’est pas membre de l’Union européenne et il faut donc que l’Ukraine, tout au moins c’est notre conception, soit en bons termes à la fois avec l’Union européenne et avec la Russie. Ce n’est pas un choix alternatif, il faut que chacun de nous puisse apporter sa pierre au redressement démocratique de l’Ukraine.

Il y a donc, pour répondre à votre question, cinq mots clés par rapport à la situation : démocratie, car c’est aux Ukrainiens de faire leur choix ; unité, parce qu’il faut respecter l’unité de ce pays, de ce peuple ; intégrité car il s’agit de respecter l’intégrité du territoire ; solidarité, les Ukrainiens ont besoin de notre solidarité et de celle de l’ensemble des pays du monde pour se redresser économiquement ; enfin non-violence, car tout ceci ne peut se faire selon nous que dans le calme et en refusant les affrontements. C’est autour de ces cinq principes que nous souhaitons qu’il soit procédé. »

(...)

Q - « Vous avez parlé des contributions aux réformes en Ukraine. Pouvez-vous parler plus précisément de l’aide financière qui va être offerte par l’Union européenne la communauté internationale ? »

M. LAURENT FABIUS - « Ce que l’on sait, c’est que la situation financière de l’Ukraine est très mauvaise ; c’est une certitude. Les modalités d’aide à l’Ukraine n’ont pas encore été définies.

Il y a d’une part ce qu’a promis la Russie. Il est souhaitable que nos partenaires et amis russes puissent continuer à apporter leur soutien. D’autre part, il y a ce qui peut être apporté par les autres pays, soit directement soit à travers les organisations internationales comme le Fonds monétaire. Certains parlent, dans les dernières prises de position, d’une conférence internationale des donateurs. Nous allons nous concerter aujourd’hui. Mme Ashton, la Haute représentante pour l’Union européenne en matière de politique extérieure, est à Kiev. Il y a des contacts divers, avec mon collègue Kerry, mon collègue allemand. Tout ceci devra être précisé au cours des prochains jours.

Ce qui est certain, c’est que tout ce qui va dans le sens de l’unité, de l’intégrité de l’Ukraine, du caractère inclusif du gouvernement et de la volonté d’engager des réformes, est extrêmement positif pour que les uns et les autres nous apportions notre concours. C’est dans cet esprit-là que nous allons travailler dans les jours qui viennent. Il n’y a pas de temps à perdre car - cela a encore été confirmé par le nouveau président du parlement qui fait fonction de Premier ministre de transition - il n’y a plus d’argent dans les caisses. Les taux d’intérêt à court terme et moyen terme ont monté considérablement au cours des derniers jours et il faudra que la solidarité soit au rendez-vous. Ce sera d’autant plus aisé à obtenir que nos amis ukrainiens feront preuve d’unité et respecteront l’intégrité et la non-violence que nous souhaitons tous. (...)./.
 »

publié le 20/02/2015

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