Audition de M. Thierry Repentin devant les commissions des affaires étrangères et des affaires européennes de l’Assemblée nationale [uk]

Paris, 7 janvier 2014

M. THIERRY REPENTIN : « […] S’agissant de l’Ukraine, une certaine presse a présenté le sommet de Vilnius comme un échec de l’Union européenne. Délégué par Laurent Fabius, j’ai participé à trois conseils des affaires étrangères relatifs à l’accord d’association avec l’Ukraine. Il y a dix-huit mois, l’UE demandait à ce pays, en contrepartie de la signature de cet accord, la mise en oeuvre de réformes structurelles en matière de droits, de système politique, de liberté de la presse et exigeait la libération de Mme Timochenko. Or le régime ne souhaitait pas signer l’accord, ou il ne pouvait pas le faire en raison de la pression exercée par son voisin.

Mais plus nous nous approchions du sommet de Vilnius, moins nous nous montrions exigeants sur la fin de la justice sélective, sur la liberté de la presse, la possibilité pour chacun de se présenter aux élections, pour ne plus nous accrocher qu’à la symbolique libération de Mme Timochenko. M. Ianoukovitch a néanmoins fermé la porte des négociations et nous avons dû prendre acte, à Vilnius, que l’Ukraine faisait un autre choix sans pour autant accepter l’union douanière avec la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan - la porte reste donc ouverte. Les mêmes journalistes qui prétendaient qu’il s’agissait d’un échec de l’Union européenne auraient été aussi agressifs contre celle-ci si l’accord avait été obtenu contre la seule libération de Mme Timochenko.

L’histoire dira si M. Ianoukovitch a en fait rendu un service à la fois à l’UE et à la population ukrainienne en permettant d’ouvrir le débat. À Kiev j’ai pu constater que le mouvement émanait de la population, M. Ianoukovitch ayant réussi l’exploit de provoquer un appétit d’Europe et de fédérer contre lui toutes les oppositions. Nous verrons comment évolueront les choses à l’occasion des élections.

L’accord d’association ne se jouait pas à quelques milliards d’euros près ; les raisons de son échec sont plus fondamentales. J’ai en effet été très surpris d’entendre le chef de l’État et le chef du gouvernement faire des discours politiques en ukrainien et dialoguer ensuite avec nous en russe. Il en a été de même au somment de l’OSCE à Kiev.

Nous devons continuer d’affirmer que l’Union européenne est prête à un accord d’association pour autant que l’Ukraine montre qu’elle partage une partie de ses valeurs, qu’elle engage des réformes en matière de respect des droits. Il faut maintenir le lien avec ce pays et exercer une pression pour permettre à ceux qui manifestent pour la liberté d’opérer une prise de conscience. Nous y avons intérêt et Laurent Fabius rappellera cet esprit d’ouverture quand il rencontrera Vitali Klitschko, catalyseur de cette opposition. »

- Lire l’intégralité de l’intervention de M. Thierry Repentin

publié le 20/02/2015

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